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Le sixième Train de la Mémoire

 

 

Du 9 au 13 novembre 2008 a eu lieu le sixième « Train de la Mémoire »


Ce projet s’est inscrit dans une expérience commencée en 1996.

 

 

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Le récit du sixième train de la mémoire


Les participants

 

15 classes dont Notre Dame de Sion d’Evry, soit un total d’environ 510 personnes. A Evry nous étions une cinquantaine de personnes : 38 jeunes, 12 adultes.

Tous les jeunes étaient volontaires, ils s’étaient engagés à suivre une longue préparation et ont présenté au moment de leur inscription définitive une lettre de motivation.


La préparation

 

La préparation du train a débuté en mars 2008 et s’est poursuivie jusqu’en novembre avec trois temps forts :

  • Une journée au Mémorial de la Shoah
  • Une matinée au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme
  • La rencontre avec Pierre Philippe Preux de Yahad-in Unum (fondé par Le père Patrick Desbois) sur la « Shoah par balles. »
  • Durant ces réunions de préparation, les élèves ont mis au point leur émission de radio pour le train. Le thème choisi par Notre Dame de Sion d’ Evry : la déshumanisation


Le voyage en train

Après une longue préparation menée dans chaque établissement, ces jeunes sont partis en train spécial pour Auschwitz. Le mode de transport choisi, le train, n’est pas choisi pour des raisons symboliques mais il nous est apparu qu’il était propice à un travail de préparation immédiate à l’aller, de même qu’il permet un travail d’approfondissement et un temps d’accompagnement au retour. C’est indispensable pour les jeunes. Il faut compter environ 25 heures de voyage à l’aller et 25 heures au retour. Le train étant sonorisé, le temps du trajet est utilisé à l’aller et au retour pour des informations, des échanges, des tables rondes.


Le programme

Le dimanche 9 novembre : départ en train pour arriver à Auschwitz le lundi 10 novembre au soir.
Durant le voyage des émissions préparées par les élèves des différentes écoles passent dans l’ensemble des trains.


Le 11 novembre au matin : marche silencieuse depuis le Centre de Dialogue vers Birkenau, pour une prise de conscience de ce qui reste du camp et pour deux célébrations :

  • Une célébration de la mémoire, au cours de laquelle sont proclamés les noms des personnes de nos familles ou d’amis disparus dans les camps nazis. Cette cérémonie est accompagnée d’une lecture de textes d’élèves, de citations du kaddish.
  • Une célébration de l’espérance, autour de la rampe d’arrivée dans le camp : là est déployé sur les rails un drap constitué par les différents tissus recouverts de « souviens-toi » dans toutes les langues. Ces quatorze tissus provenant des quatorze établissements ont été au préalable cousus ensemble dans le train et roulés comme une Torah. La célébration s’achève par une marche vers la vie en dehors du camp.

    La visite du camp se fait par petits groupes d’élèves accompagnés d’un adulte.

    Le 11 novembre après-midi : dans un amphithéâtre, discussions et table ronde animées par des adultes puis représentation théâtrale d’un texte de Zvi Kolitz : Yossel Rakover s’adresse à Dieu. L’objectif de cette représentation est d’introduire les élèves à une interrogation juive sur la problématique du mal.

    Le mercredi 12 novembre au matin : temps spirituel, les participants peuvent se rendre soit à la messe soit à une lecture de textes accompagnés de chants (cérémonie non religieuse) puis chacun se rend au musée d’Auschwitz, toujours par petits groupes pour permettre l’échange.

    Le 12 novembre après-midi : possibilité pour ceux qui le souhaitent de visiter le Centre Juif d’Auschwitz et la synagogue. Les autres se retrouvent en groupes pour un temps de réflexion, quelques élèves retournent au musée accompagnés par des adultes. Départ en fin d’après midi. Dans le train d’autres émissions préparées par les élèves sont diffusées.

    Le jeudi 13 novembre en fin de journée : arrivée à Paris


Paroles de jeunes : cahier de bord

Pendant le voyage en train un cahier était à la disposition des élèves afin qu’ils puissent écrire de façon très libre s’ils le souhaitaient.

« Même si la visite des camps a été très dure, beaucoup plus dure que ce que je pensais, ce voyage m’a énormément appris de choses, je l’ai trouvé super ! »

« Le train de la Mémoire est une expérience inoubliable. La visite du camp d’Auschwitz I a été assez dure et impressionnante, surtout l’endroit où on a vu les cheveux des détenus, mais l’ensemble des visites (Birkenau et Auschwitz I) ont été très intéressantes. »

« Même maintenant, j’ai l’impression de ne pas réaliser, de ne pas avoir entièrement pris conscience de tout ce que je viens de voir et d’apprendre. Je pense qu’il va me falloir un certain temps, pour repenser à ce que j’ai vu à Auschwitz, et faire le tri dans toutes les informations que j’ai reçues. »

« Même au milieu des camps, des baraques, il m’est encore difficile d’imaginer qu’en ces lieux même ont souffert et sont morts tans d’hommes et de femmes. Ce fait même me fait prendre conscience de la distance entre la société et ce morceau d’histoire, cette déshumanisation. Un sentiment étrange et un serrement au cœur m’ont parcouru durant tout ce voyage intellectuellement et historiquement très intéressant. »

« La visite des camps, même si parfois assez dure, a été une expérience très enrichissante. Bien que j’aie encore du mal à réaliser, je suis contente d’avoir fait ce pas vers la prise de conscience et de m’être rapprochée des victimes de la Shoah. »

« Instructif, mais très dur, pas toujours comme si on en parlait « à distance », on est sur les lieux, on voit des restes. Poignant. »


« C’était un voyage extrêmement enrichissant mais je n’arrive pas à réaliser et je pense qu’il me faudra un certain temps. Un tel voyage ne peut laisser personne indifférent, je pense qu’on ne peu en revenir que changer en tous cas pour moi. »

« La réalisation de ce voyage est selon moi une expérience unique permettant ainsi un e prise de conscience, des atroces et innommables massacres effectués par les nazis. La connaissance de ces faits est une véritable remise en cause de l’homme, de sa nature. D’un point de vue purement philosophique, on pourrait s’interroger sur la capacité de l’homme à proférer la destruction y compris envers des sujets comme lui, au sens où le sujet est un individu. Cependant malgré l’épanodiplose « l’homme est un loup pour l’homme » illustrant parfaitement ces actes indescriptibles, ce voyage est aussi porteur d’espoir rien que par son existence même, prouvant que l’on n’a pas oublié, qu’il est nécessaire de le rappeler aux générations futures pour à tous prix éviter une répétition de l’histoire ainsi qu’une banalisation du génocide et des tortures faites par les nazis à l’encontre d’être humain. Puisque c’est cette même banalisation et cette « industrialisation » de l’extermination qui a permis ces actes ineffables sans remords de la part des nazis. Le train de la mémoire n’est donc pas à prendre à la légère même s’il est parfois nécessaire de prendre du recul face à ces faits susceptibles d’être psychologiquement difficiles à supporter. »

« Le train de la mémoire est, je pense, une expérience unique, enrichissante et en tout point positive même si paradoxalement le voyage se révèle dur et éprouvant psychologiquement. En effet, on se retrouve, à Birkenau et encore plus à Auschwitz I, complètement submergé par la quantité d’horreurs auxquelles on nous met face. Pourtant, j’ai été prévenue, mise en garde de tout ce que j’étais susceptible de voir et je pense qu’il en est de même pour tous les élèves. Nous avons été volontaires pour ce projet et nous nous sommes tous préparés en connaissance de cause. Mais il n’empêche que la réalité visuelle ne peut être remplacée par les livres. C’est comme si on redécouvrait la réalité, en plus dure encore parce que la première fois, on ne voulait, pouvait pas réellement y croire et je pense que, encore, nous n’avons pas tout réalisé et, que de toute manière, toute personne n’ayant pas vécu ces horreurs ne peut réaliser entièrement.
Ce voyage nous permet juste de réaliser un peu plus, un petit plus qui nous fera oublier un peu moins ce qui est, je pense, important pour un devoir de mémoire. Ce que j’ai ressenti, lors de ces visites, était surtout de l’incompréhension, j’ai encore du mal à comprendre ce qui a poussé à tuer tant d’hommes, femmes et enfants. Il y avait bien sur, de la tristesse et en cela, le train de la Mémoire est unique car il permet un partage de toutes ces émotions. Le train est une expérience qui m’a énormément apporté et appris, autant humainement qu’historiquement.
De plus, l’ambiance était géniale, je ne regrette vraiment rien et je remercie vraiment les organisateurs.
J’ai oublié de rajouter que la marche silencieuse et la cérémonie à Birkenau m’avaient énormément touchée dans le sens où on sentait que toutes les personnes présentes étaient impliquées et concernées en même temps par une même chose. »

« Cette expérience du train de la mémoire fut très intense, autant émotionnellement que psychologiquement. Ce travail de mémoire qui nous paraît si peu important se retrouve ici comme plus qu’essentiel.
Le fait de se dure que ça a pu un jour réellement exister ne semble pas évident, c’est un véritable effort qu’il faut faire, un effort du point de vue moral (comment est-ce possible ?), et surtout un effort au niveau de l’émotion (il faut être prêt à affronter tout cela… mais c’est loin d’être facile, même en étant conscient de ce que ça représente.).
La seule et unique question qui me vient à l’esprit après (et même pendant) le voyage, c’est : Pourquoi ? Je ne comprends pas et même en prenant le recul nécessaire ou quoi que ce soit d’autre, je ne parviens pas à comprendre ; et j’admire les survivants qui tenaient à pardonner les nazis de tous leurs crimes horribles. »


« Un des moments les plus forts et intenses pour moi a été la cérémonie du Kaddish à Birkenau… En effet, c’est un moment qui m’a énormément touchée, je ne suis pas juive mais j’arrivais à ressentir quelque chose, et je comprends maintenant « pourquoi » et ce que cela représente pour un juif.
Pour finir, je voudrais dire que c’est une expérience des plus « humanisante », dans laquelle on se rend compte de ce que « devoir de mémoire » veut dire.
Merci aux professeurs.
Merci.
Je n’oublierai pas. »

« Eprouvante aventure, touchante enrichissante et vivante. Comment décrire autant d’émotions en si peu de mots. J’ai juste ressenti les émotions les plus fortes de ma vie. J’ai ressenti l’espérance, la déception, le mal être, l’incompréhension, la remise en question, la tristesse en regardant ses visages et ces regards. Ces regards vides qui ne laissent rien paraître mais qui s’expriment sans parler. Et lorsque je ne pouvais plus parler alors j’avais compris. J’avais compris juste ce qu’il m’était possible de comprendre, j’ai trouvé des réponses à mes questions durant ce voyage. J’ai essayé d’imaginer mais je n’ai pas réussi car voir la réalité, voir l’histoire ressurgir dans le présent c’est encore plus dur. On s’interdit de se plaindre, de demander quelque chose, de rire, on éprouve de la honte. J’ai grandi. Je reviens pleine d’espérance. Une marche silencieuse qui vous empêche de prononcer un mot et une marche de l’espérance qui représente un symbole si fort, la fin de mon voyage mais aussi la fin heureuse du voyage que ces millions de personnes, qui sont partis, ont rêvé de faire. Auschwitz I, le plus dur des musées au monde. Cet endroit parle sans explication et le contexte de visite guidée était très difficile à accepter pour la plupart des élèves.
Une expérience que je n’oublierai pas.
Une expérience pleine de partage, d’amour, d’humanité.
Merci. »

« Principalement ce que j’ai compris et aimé dans ce train de la mémoire, c’est la symbolique des choses. Le fait de prendre le train plutôt que l’avion nous permet de réfléchir à ce qu’a été la condition de vie des déportés. Même si on a du mal à se l’imaginer. Ensuite, arrivé en Pologne, j’ai pu me rendre compte de la condition dans laquelle les internés vivaient. En effet, le brouillard et le froid qui y régnaient montraient l’enfer dans les camps.
Dans un second temps, pendant la marche silencieuse, j’ai eu le sentiment de marcher vers le camp comme les juifs marchaient vers Birkenau, au pas et d’un ton mélancolique. »

« Cette expérience de participer au train de la mémoire est inestimable, unique et inoubliable. Il est clair que cette démarche n’était pas facile mais justement nous avons pu profiter de la longue et conséquente préparation qui a précédé le départ. En effet, sur place on a pu mesurer l’importance de celle-ci. Ces quelques jours furent très intenses à différents niveaux et ont été très formateurs. A ce moment de retour du voyage, je voudrais très simplement dire un très grand merci pour l’organisation et à toutes les personnes ayant participé à la mise en œuvre de ce projet, ce fut un travail, je pense, très important mais je crois que cela en a valu la peine ! Tous les moments très intenses que nous avons partagés ensemble resteront inscrits au plus profond de nous même ; ils ne plongeront pas dans l’oubli !
Encore merci beaucoup pour tout. »

Bilan oral quelques semaines après et projets à venir

Lorsque le groupe s’est retrouvé quelques semaines après, plusieurs points sont ressortis dans le témoignage des jeunes et des adultes : la difficulté pour raconter l’expérience vécue, une réflexion sur le sens que l’on donne à notre vie.

Dans le cadre de la journée du 27 janvier, les élèves sont allés témoigner de leur voyage dans les autres classes de l’école.

Un diaporama a été réalisé avec Monsieur Beuvelet et Monsieur Etenna

Le 10 mars, une journée de réflexion sur la Shoah a eu lieu dans le lycée pour les élèves des classes de terminales avec le Père Dujardin, les jeunes ayant participé au « Train de la Mémoire» ont animé un atelier de réflexion à partir du sujet traité lors de l’émission dans le train : la déshumanisation

Les partenaires

Un certains nombres de partenaires nous ont aidés à réaliser ce projet, soit par une aide matérielle, soit par une aide pédagogique, soit par une présence chaleureuse
Nous remercions plus particulièrement :

  • Avenance
  • Le Conseil Régional
  • La Fondation pour la mémoire de la Shoah
  • Le Mémorial de la Shoah
  • Le Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme
  • Les Sœurs de Notre-Dame de Sion
  • La SNCF
  • Yahad-in Unum

« Si tu crois que l’on peut détruire, crois que l’on peut aussi construire »

Rabbi Nahman de Breslav

 

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