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Une présentation de Mme Audrey HILLION, professeur de Lettres
Les enfants dys… mieux les connaître.
Dès que l’on brandit le terme handicap, notre société prend
peur. L’enfant n’est pas « normal ». Mais c’est
un fait aujourd’hui avéré, les troubles dyslexiques,
dyspraxiques et dysphasiques qui touchent l’acquisition du langage
oral et écrit et la coordination des gestes, sont reconnus comme
handicap par l’Organisation Mondiale de la santé, les ministères
français et par l’éducation nationale. Au total,
ils touchent environ 10% de la population, sans distinction d’âge
ou de classe sociale.
Nous répétons qu’il s’agit bien ici de handicaps reconnus. Les troubles DYS touchent des enfants intelligents, normalement scolarisé et indemnes de troubles sensoriels et des troubles psychologiques existants. Ces troubles ne sont pas la conséquence d’un autre handicap, d’une autre maladie, d’un autre mal-être, mais bien une cause.
La dysphasie, tout d’abord est certainement le handicap le moins connu mais aussi le moins fréquent. Il s’agit d’un trouble sévère et spécifique du développement du langage oral et il touche 1% de la population scolaire. L’enfant aura un problème pour réceptionner le discours de son interlocuteur : la compréhension du langage lui échappera en partie. Il saura souvent s’aider du contexte pour affiner sa compréhension du message. Par exemple, si on lui demande de mettre le couvert, le moment de la journée, les gestes de son interlocuteur, ses regards, lui permettront d’exécuter la tâche demandée, sans qu’il ait pour autant compris l’ordre initial. Il aura ensuite des difficultés pour programmer les sons puis pour les produire, cherchera ses mots et n’arrivera pas à les agencer correctement dans la phrase. C’est pourquoi ses interventions seront souvent courtes et confuses. Ces agglomérats, ces approximations auront bien sûr rapidement des répercutions dans l’apprentissage de la lecture et du langage écrit. En classe, l’élève présentera souvent les symptômes suivants : difficultés de compréhension lorsqu’on lui lit un texte, qu’on lui expose des consignes à l’oral, difficultés de lecture à l’oral, pauvreté lexicale, syntaxe évasive, dysorthographie. En fait, le dysphasique est en permanence dans la situation d’un étranger apprenant notre langue. La
dyspraxie quant à elle, est surnommée le handicap
caché, ou le syndrome de l’enfant maladroit. C’est
un handicap invisible. L’enfant, dès son plus jeune âge
présentera des symptômes qui, isolément ne semblent
pas alarmants. Il aura du mal à manger seul, à faire ses
lacets, à boutonner sa chemise, … Ce handicap est d’abord
très présent dans le quotidien. En fait, il se caractérise
par un trouble dans la programmation et l’organisation du geste.
Acquérir des automatismes sera très difficile, voire impossible
parfois. Toute tâche doit être conscientisée et on
trouvera souvent une discordance entre l’acte voulu et l’acte
réalisé. A l’école, la première difficulté va
résider dans l’acquisition de l’écriture. Ecrire
restera une lourde tâche, lente, car elle n’est pas automatisée
: concevoir le discours, prêter attention à l’orthographe,
organiser, développer, synthétiser sa pensée présentera
un gros coût cognitif. C’est tout le problème de la
double tâche consciente.
Quand
enfin on évoque la dyslexie dans notre entourage, on s’entend
souvent répondre « ah oui, moi j’étais dyslexique,
je confondais les B et les P ». Tout d’abord, croire qu’il
s’agit d’un problème lié à notre enfance
seulement est la première erreur. En effet, on reste dyslexique,
on adopte simplement des stratégies d’acquisition différentes.
De plus la dyslexie ne se limite pas à la confusion de certaines
consonnes, mais c’est un handicap bien plus pesant pour ceux qui
doivent le subir au quotidien, et ils sont nombreux, environ 5 à 6
%, soit 2 à 3 par classe…
Les enfants dys… mieux les aider.
Les enfants DYS sont des enfants en doute perpétuel face à l’apprentissage scolaire car les enseignants et parfois même leurs parents ont tendance à méconnaître ou nier leur handicap. Ils sont globalement différents dans leur façon de vivre, de penser et de s’exprimer. Ils avancent selon leur propre logique. Ces troubles sont reconnus comme des handicaps et il va leur falloir apprendre à vivre avec car au quotidien, de l’école puis de la vie sociale, les jeunes sont sans cesse confrontés au défi de l’acquisition de la lecture, de l’écriture et du maniement de la langue orale. Si
les enseignants sont souvent perplexes et se sentent impuissants, voire
débordés dans des classes fréquemment surchargées
pour permettre un enseignement adapté, l’école n’est
pas pour autant exonérée de sa responsabilité pédagogique
et éducative vis-à-vis de l’enfant handicapé.
Elle ne peut certes pas résoudre tous les problèmes, encore
moins apporter des solutions toutes prêtes et applicables par tous
et pour tous. Cependant, elle se doit de participer à un partenariat
efficace autour de l’enfant pour l’inscrire dans une démarche
porteuse qui lui permettra de grandir et de s’épanouir. Nous réfléchissons actuellement avec une équipe de professeurs volontaires dans le but de développer ce partenariat avec les parents, les intervenants médicaux et paramédicaux. Il s’agira de proposer un accompagnement réfléchi spécifique pour les enfants DYS, en conformité avec la loi de février 2005* sur le handicap à l’école, tout en s’appuyant sur ce qui existe déjà : les auxiliaires de vie scolaire, les réseaux d’aide et de soutien aux élèves en difficultés, les aménagements pour le passage des examens. En somme, s’informer pour mieux comprendre est le premier pas. Etre attentif pour mieux repérer et orienter efficacement l’enfant vers les bons intervenants est le deuxième. Quant au troisième, instruire et éduquer avec des méthodes adaptées, c’est sûrement le pas le plus long, le plus difficile. Mais si nous voulons une éducation pour tous, il faudra le franchir. *La loi « pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées » du 11 février 2005
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