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Les enfants dys ...

(la dysphasie, la dyspraxie, la dyslexie)

 

Une présentation de Mme Audrey HILLION, professeur de Lettres

 

 

 

 

 

 

 

 

Les enfants dys… mieux les connaître.

 

Dès que l’on brandit le terme handicap, notre société prend peur. L’enfant n’est pas « normal ». Mais c’est un fait aujourd’hui avéré, les troubles dyslexiques, dyspraxiques et dysphasiques qui touchent l’acquisition du langage oral et écrit et la coordination des gestes, sont reconnus comme handicap par l’Organisation Mondiale de la santé, les ministères français et par l’éducation nationale. Au total, ils touchent environ 10% de la population, sans distinction d’âge ou de classe sociale.
Ces troubles, en particulier la dyslexie, sont très populaires auprès des enseignants et des parents, et apparaissent souvent comme une réponse facile lorsqu’un enfant présente quelques difficultés en classe. « Il a des difficultés de lecture ? Il est donc dyslexique ! et bien sûr, tout ceci est la faute de la méthode globale d’apprentissage de la lecture… » Finalement, on s’aperçoit que ces handicaps sont bien méconnus.
Cette attention pour langage oral et écrit ne s’explique ni par des polémiques pédagogiques, ni pas le nombre croissant de « psy » divers, mais par l’importance de la maîtrise du langage comme élément de réussite scolaire, sociale et d’intégration professionnelle. Quand on constate qu’à l’entrée en 6e, 4,3% des élèves sont en grande difficulté, chiffre auquel il faut ajouter 7,8% d’élèves dont le niveau de lecture et d’écriture, très lent, ne leur permet pas de formuler des réponses élaborées , on peut sérieusement s’interroger sur les causes possibles d’un tel résultat. Et les handicaps DYS peuvent être l’une de ces causes.
En effet, l’enfant qui présente un trouble DYS, aura de nombreuses difficultés à acquérir ces codes du langage. Tous présenteront quasiment les même symptômes à des degrés plus ou moins prononcés : trouble de la graphie, dysorthographie, agitation, désintéressement, incompréhension… De là à penser qu’il n’y aura pour eux pas d’adaptation possible, il n’y a qu’un pas, que nous nous refusons à franchir. Il nous semble important de bien définir ces troubles de façon à mieux les appréhender, pour permettre à l’école et aux parents de proposer des réponses adaptées.

 

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De quoi parle-t-on exactement ?

Nous répétons qu’il s’agit bien ici de handicaps reconnus. Les troubles DYS touchent des enfants intelligents, normalement scolarisé et indemnes de troubles sensoriels et des troubles psychologiques existants. Ces troubles ne sont pas la conséquence d’un autre handicap, d’une autre maladie, d’un autre mal-être, mais bien une cause.

La dysphasie, tout d’abord est certainement le handicap le moins connu mais aussi le moins fréquent. Il s’agit d’un trouble sévère et spécifique du développement du langage oral et il touche 1% de la population scolaire. L’enfant aura un problème pour réceptionner le discours de son interlocuteur : la compréhension du langage lui échappera en partie. Il saura souvent s’aider du contexte pour affiner sa compréhension du message. Par exemple, si on lui demande de mettre le couvert, le moment de la journée, les gestes de son interlocuteur, ses regards, lui permettront d’exécuter la tâche demandée, sans qu’il ait pour autant compris l’ordre initial. Il aura ensuite des difficultés pour programmer les sons puis pour les produire, cherchera ses mots et n’arrivera pas à les agencer correctement dans la phrase. C’est pourquoi ses interventions seront souvent courtes et confuses. Ces agglomérats, ces approximations auront bien sûr rapidement des répercutions dans l’apprentissage de la lecture et du langage écrit. En classe, l’élève présentera souvent les symptômes suivants : difficultés de compréhension lorsqu’on lui lit un texte, qu’on lui expose des consignes à l’oral, difficultés de lecture à l’oral, pauvreté lexicale, syntaxe évasive, dysorthographie. En fait, le dysphasique est en permanence dans la situation d’un étranger apprenant notre langue.

La dyspraxie quant à elle, est surnommée le handicap caché, ou le syndrome de l’enfant maladroit. C’est un handicap invisible. L’enfant, dès son plus jeune âge présentera des symptômes qui, isolément ne semblent pas alarmants. Il aura du mal à manger seul, à faire ses lacets, à boutonner sa chemise, … Ce handicap est d’abord très présent dans le quotidien. En fait, il se caractérise par un trouble dans la programmation et l’organisation du geste. Acquérir des automatismes sera très difficile, voire impossible parfois. Toute tâche doit être conscientisée et on trouvera souvent une discordance entre l’acte voulu et l’acte réalisé. A l’école, la première difficulté va résider dans l’acquisition de l’écriture. Ecrire restera une lourde tâche, lente, car elle n’est pas automatisée : concevoir le discours, prêter attention à l’orthographe, organiser, développer, synthétiser sa pensée présentera un gros coût cognitif. C’est tout le problème de la double tâche consciente.
Les problèmes, autres que l’écriture, se retrouveront essentiellement dans la lecture (sauts de ligne délicats, oubli de mots…), en numération (comment poser une addition correctement quand on a du mal à se repérer dans l’espace ?) en géométrie, où l’enfant peinera à se servir des outils (règles, compas…), dans les matières technologiques, ou encore en EPS. Dernièrement, on nous rapportait le cas de cet enfant dyspraxique qui malgré sa bonne volonté faisait systématiquement tomber toutes les barres en course de haies… La coordination gestuelle était pour lui extrêmement difficile.
Au handicap proprement dit vont souvent s’ajouter des troubles visuo-spatiaux, une grande désorganisation et des difficultés pour s’orienter dans le temps ou dans l’espace, et pour s’habituer aux méthodes de travail des différents professeurs… Cependant, ces enfants sont particulièrement pertinents à l’oral et développent une grande culture générale.

Quand enfin on évoque la dyslexie dans notre entourage, on s’entend souvent répondre « ah oui, moi j’étais dyslexique, je confondais les B et les P ». Tout d’abord, croire qu’il s’agit d’un problème lié à notre enfance seulement est la première erreur. En effet, on reste dyslexique, on adopte simplement des stratégies d’acquisition différentes. De plus la dyslexie ne se limite pas à la confusion de certaines consonnes, mais c’est un handicap bien plus pesant pour ceux qui doivent le subir au quotidien, et ils sont nombreux, environ 5 à 6 %, soit 2 à 3 par classe…
La dyslexie est un vrai trouble, une difficulté durable d’apprentissage du langage écrit, de la lecture et de l’acquisition de son automatisme. Quand nous lisons, nous utilisons d’abord l’assemblage. En voyant B+A nous formons le son BA (lecture syllabique). C’est ce qui nous permet de déchiffrer les mots que nous ne connaissons pas. Nous utilisons ensuite la voie d’adressage. On reconnaît le mot dans sa globalité parce que nous l’avons déjà croisé. On s’est d’ailleurs rendu compte que l’ordre des lettres importait peu. Le cerveau saisit l’ensemble des lettres, sans notion d’ordre et une fonction du cerveau nous permet de l’identifier à un mot déjà connu. C’est donc une lecture globale. Un lecteur utilise les deux méthodes continuellement, sans en avoir conscience.
Chez le dyslexique, l’une ou l’autre (ou les deux) méthodes de lecture ne fonctionne pas. Dans le premier cas, il ne pourra lire que les mots qu’il connaît déjà et aura beaucoup de mal à déchiffrer et à différencier les sons proches. Dans l’autre cas, il ne pourra pas identifier un mot déjà connu et sera dans l’obligation de repasser par une lecture syllabique. A cela s’ajoutera un problème de motricité oculaire qui augmentera sa difficulté de lecture, des difficultés d’organisation spatiale, temporelles et séquentielles (pas de conscience du temps qui passe), des difficultés de mémorisation et parfois une dysgraphie.
En classe, outre les troubles de lecture et d’écriture, l’enfant est souvent maladroit et a du mal à se faire comprendre, il sera lent et parfois agité. Le français est la matière qu’il tient en horreur, mais vite, les langues étrangères auront le même statut à ses yeux, tout comme les matières où il va lui falloir de plus en plus lire et rédiger.


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Les enfants dys… mieux les aider.

 

Les enfants DYS sont des enfants en doute perpétuel face à l’apprentissage scolaire car les enseignants et parfois même leurs parents ont tendance à méconnaître ou nier leur handicap. Ils sont globalement différents dans leur façon de vivre, de penser et de s’exprimer. Ils avancent selon leur propre logique. Ces troubles sont reconnus comme des handicaps et il va leur falloir apprendre à vivre avec car au quotidien, de l’école puis de la vie sociale, les jeunes sont sans cesse confrontés au défi de l’acquisition de la lecture, de l’écriture et du maniement de la langue orale.

Si les enseignants sont souvent perplexes et se sentent impuissants, voire débordés dans des classes fréquemment surchargées pour permettre un enseignement adapté, l’école n’est pas pour autant exonérée de sa responsabilité pédagogique et éducative vis-à-vis de l’enfant handicapé. Elle ne peut certes pas résoudre tous les problèmes, encore moins apporter des solutions toutes prêtes et applicables par tous et pour tous. Cependant, elle se doit de participer à un partenariat efficace autour de l’enfant pour l’inscrire dans une démarche porteuse qui lui permettra de grandir et de s’épanouir.
De plus, dans la famille, les risques restent nombreux : du déni à la surprotection, les attitudes sont des plus variées. Mais en aucun cas ces handicaps ne doivent être traités à la légère. Se réfugier derrière les solutions mises en place au primaire (« il a fait de l’orthophonie, pourquoi, je ne sais plus, parce qu’il confondait les lettres... mais maintenant il est guéri. ») serait une attitude fort préjudiciable à la réussite de l’enfant.

Nous réfléchissons actuellement avec une équipe de professeurs volontaires dans le but de développer ce partenariat avec les parents, les intervenants médicaux et paramédicaux. Il s’agira de proposer un accompagnement réfléchi spécifique pour les enfants DYS, en conformité avec la loi de février 2005* sur le handicap à l’école, tout en s’appuyant sur ce qui existe déjà : les auxiliaires de vie scolaire, les réseaux d’aide et de soutien aux élèves en difficultés, les aménagements pour le passage des examens.

En somme, s’informer pour mieux comprendre est le premier pas. Etre attentif pour mieux repérer et orienter efficacement l’enfant vers les bons intervenants est le deuxième. Quant au troisième, instruire et éduquer avec des méthodes adaptées, c’est sûrement le pas le plus long, le plus difficile. Mais si nous voulons une éducation pour tous, il faudra le franchir.

*La loi « pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées » du 11 février 2005

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