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Le déficit de la maîtrise des mots
et l’échec scolaire

Christine HENNIQUEAU-MARY

 

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Quelques chiffres ...


Régulièrement la presse divulgue une vérité alarmante sur l’école. Elle révèle des chiffres comme ceux-ci : 16 à 24% des élèves en Europe présentent des difficultés ou troubles spécifiques de l’apprentissage, la France y tenant une place très moyenne. Il s’agit, pour 2 à 3% de déficience avérée, sensorielle, motrice, mentale, ou de formes d’autisme. Pour 4 à 6%, de troubles développementaux spécifiques des apprentissages (dyslexie, dysphasie, dyspraxie) et pour 10 à 15%, de retards attribués à des déterminants économiques, sociaux-culturels, psychologiques et pédagogiques (enquête réalisée dans l’Union Européenne il y a deux par l’European Association for Special Education).

 

Et pourtant ces chiffres sont loin de tout dire. Il faut se tourner vers des informations que renvoient nombre d’enquêtes ou l’intéressante synthèse effectuée par SCP Communication des courriels et du forum internet consacrés au débat national sur l’avenir de l’école. Il y est souligné que si 20% des élèves entrant en 6è ne savent en effet ni lire ni écrire, une majorité des autres n’est pas à l’aise avec sa langue maternelle et présente des difficultés de compréhension et du maniement de la langue. Il y a donc une autre catégorie d’enfants, qui ne relèvent pas de la classification des « difficultés ou troubles spécifiques des apprentissages » mais qui déjà posent problème. Et le parcours est long…


Ce sont eux qui font dire aux enseignants de Lettres que l’enseignement du Français est en pleine déroute, qu’ils lâchent peu à peu leurs attentes de s’adresser à un jeune public capable de lire des textes de référence et de développer sa pensée. Et qui font dire à tous les enseignants que de plus en plus d’élèves, tous âges confondus, ne possèdent pas les compétences langagières nécessaires pour comprendre correctement les documents, les énoncés mathématiques, les consignes de travail, et s’exprimer clairement dans la restitution des savoirs.


C’est donc par la voix des enseignants que l’on connaît cette réalité de la dégradation des compétences liées à la maîtrise du langage, car elle n’est pas médiatisée, et si elle l’est, ce n’est pas dans les bons termes. Leur expérience immédiate, c’est celle d’un nombre grandissant d’enfants qui ont rompu leur rapport avec le monde de l’écrit, qui ne sont pas reliés à leur langue et à leur pensée.
Leurs paroles sont relayées par celles des parents, et cette fois sur un mode anxieux et souvent révolté par l’institution scolaire avec laquelle ils entrent en conflit La vie familiale est violemment troublée par les questions des résultats, des échanges difficiles avec les responsables de l’école de leur enfant, du redoublement ou non, des menaces d’exclusion, de la recherche d’un nouveau lieu d’accueil.
D’autre part, la multitude d’évaluations commandées par les pouvoirs publics, et dont les protocoles sont aussi subtils que complexes, ni les enseignants ni les familles disent n’en voir les retombées pratiques.

Certes, ces enfants-là font moins de bruit médiatique que les illettrés, qui mobilisent un grand nombre d’acteurs institutionnels, et leurs difficultés, s’effaçant derrière celles des enfants à « vrais problèmes », ne provoquent qu’exaspération, angoisse ou sentiment d’impuissance.
Ils finissent bon an mal an par tenir, dans des parcours chaotiques ponctués par la souffrance du sentiment de leur nullité.

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Ces enfants-là méritent toute notre attention


Car leurs difficultés sont tout autant ravageuses : le sentiment d’échec compromet gravement leur équilibre psychologique et leur chance d’insertion dans un monde qui ne pardonne pas les déficiences. Comprendre et appprendre sont des actes qui leur paraissent peu à peu rédhibitoires. Ils sont nombreux à la^cher, tandis que d’autres s’acharnent, avec souvent un grand courage car ils présentent par leurs mauvais résultats l’image de la paresse ou pire des limites de leurs compétences cognitives.
Au plan collectif, ils constitueront une masse de jeunes adultes lourds d’un passé qui ne leur a pas permis de se donner les moyens de construire leur pensée et de recevoir celle des autres. Le coût social d’un tel gâchis n’a jamais été chiffré, mais on peut aisément imaginer qu’il n’est pas négligeable !

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Et pourtant, il faut savoir et faire savoir que ces difficultés sont amendables


Que la conscience linguistique s’éduque, si son insuffisance est prise en compte de façon très pratique.
Comment peut se réaliser une véritable « politique » de la maîtrise du langage à l’école?
Il faut affirmer d’emblée cette vérité dont on a trop oublié la vertu, aveuglés par l’idée de la toute-puissance de l’enfant autonome et des bienfaits de sa spontanéité : il n’y a pas de développement des compétences langagières sans médiation. A l’Ecole, lycée compris, le langage doit devenir objet d’enseignement au quotidien dans le même temps que l’enseignement des disciplines. Si celui qui sait donne à connaître le sens des savoirs par l’éducation des mots qui le servent, il permet à celui qui ne sait pas devéritablement construire le sens des contenus des savoirs, de se les approprier et d’outiller peu à peu sa pensée.
Un enfant qui comprend la pensée des autres et se fait comprendre est un enfant qui se relie à lui-même, développe de la confiance, peut penser sa vie. C’est un enfant qui se relie aux autres et se voit accueilli dans la communauté humaine. C’est un enfant qui augmente le réel offert à sa réflexion.

Devant ces enjeux « humains » et socio-économiques, c’est le devoir des adultes, chacun à son niveau, à l’école, dans les familles, de devenir des « médiateurs linguistiques » attentifs.

 

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Christine Henniqueau-Mary, psychopédagogue, est intervenue plusieurs fois à Notre Dame de Sion pour sensibiliser un groupe de professeurs, aux difficultés des élèves en déficit de langage.

Elle est l'auteur d'un livre : ''L’Enfant qui voulait penser'' (Fabert Edition).
Sous la forme d’un récit, le « carnet de route » d’une psychopédagogue qui a mis au point une méthode pour apprendre aux enfants en difficulté, le sens des mots, la compréhension des textes. Pour découvrir de l’intérieur, et de manière vivante, une véritable éducation au langage.

 


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